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Retraites: réformer une bonne fois pour toutes

In Le Monde, Director Jean Pisani-Ferry takes a look at the issue of retirement system reform in France in light of President Nicolas Sarkozy’s proposed plans. Pisani-Ferry argues that reforming the retirement system is necessary to tackle rising public deficits and has the added advantage of not burdening current consumption.  1990 : Livre Blanc ; […]

By: Date: February 1, 2010 Topic: Macroeconomic policy

In Le Monde, Director Jean Pisani-Ferry takes a look at the issue of retirement system reform in France in light of President Nicolas Sarkozy’s proposed plans. Pisani-Ferry argues that reforming the retirement system is necessary to tackle rising public deficits and has the added advantage of not burdening current consumption. 

1990 : Livre Blanc ; 1993 : réforme Balladur ; 1995 : plan Juppé ; 1999 : rapport Charpin ; 2003 : réforme Fillon. Depuis vingt ans, chaque législature s’est confrontée au problème des retraites avec pour résultat, selon les cas, des rapports, des tentatives avortées, ou des réformes difficiles, mais partielles. Comme si chaque gouvernement ne pouvait léguer à ses successeurs que la charge d’une réforme toujours inachevée.
Voici donc venu le tour de la réforme Sarkozy. Cela pose trois questions : est-elle nécessaire ? Quelle est la bonne méthode ? Le moment est-il bien choisi ?
Il n’y a malheureusement pas de doute sur le premier point. Certes, les projections du Conseil d’Orientation des Retraites laissent attendre un déficit modéré en 2020 (moins d’un point de PIB). Mais la projection est fondée sur l’hypothèse, favorable, d’un taux de chômage revenant vers 5%; le déficit devrait s’aggraver nettement ensuite, pour approcher les deux points de PIB au moment où les jeunes d’aujourd’hui partiront en retraite ; et les règles d’indexation en vigueur depuis 1993 induisent une baisse continue du pouvoir d’achat relatif des pensions, qui n’est socialement et politiquement pas soutenable. Pour toutes ces raisons la réalité est moins satisfaisante que les apparences. Enfin les perspectives générales sont trop noires pour qu’on puisse espérer compenser le déficit des retraites par des excédents dans d’autres compartiments des comptes publics.
Il faut donc reconnaître la nécessité d’une nouvelle réforme. Mais laquelle ? Contre les propositions radicales visant à refonder et à équilibrer durablement la répartition, comme les comptes notionnels proposés par Antoine Bozio et Thomas Piketty (Pour un nouveau système de retraite, CEPREMAP, 2008), beaucoup plaideront pour un nouveau ravaudage. Cette méthode a cependant un inconvénient de taille : un salarié qui passe le cap de la quarantaine – a fortiori un jeune qui entre sur le marché du travail – ne sait aujourd’hui ni combien de temps il devra travailler, ni quelle sera sa retraite. L’information individuelle a certes progressé, mais dans le cadre d’une législation très complexe et appelée à être bientôt obsolète. Par contraste, beaucoup de nos partenaires ont déjà fixé, pour les trente ou quarante prochaines années, les paramètres de l’évolution des retraites et les modalités de leur financement.
On peut certes vivre dans l’incertitude, mais cela n’est pas sans conséquences. La première est qu’un salarié ignorant de son revenu futur tend, par précaution, à épargner trop. La seconde est qu’un employeur dont les salariés sont réputés quitter l’entreprise dans dix ans tend à cesser d’investir dans leur formation, pour constater bientôt qu’ils sont devenus trop peu productifs pour continuer d’être employés. Jean-Olivier Hairault (Pour une retraite choisie, CEPREMAP, 2008) a ainsi souligné que pour augmenter le taux d’emploi des 55-64 ans, qui est particulièrement bas en France (38% en 2008, contre 53% en Allemagne, 62% aux Etats-Unis et 70% en Suède), il faudrait commencer par dégager l’horizon. Fixer dès maintenant les paramètres pour 2050, et ne les modifier que si les conditions démographiques ou économiques le nécessitent, aurait le double effet de rassurer sur les perspectives d’avenir et d’inciter employeurs et salariés à adapter leurs comportement aux réalités du vieillissement.
Une telle approche oblige évidemment à bousculer les dogmes. Mais est-il socialement défendable de maintenir le fétiche des soixante ans, tout en acceptant dans les faits la dévalorisation des pensions de ceux qui en bénéficient ? Et que vaut une norme sociale lorsqu’elle ne fonctionne plus comme une garantie, mais autorise au contraire la mise à l’écart ? Avec l’arrivée dans la cinquantaine de générations entrées plus tardivement sur le marché du travail, la retraite à taux plein à soixante ans ne concernera bientôt plus qu’un salarié sur sept ou huit.
Reste la troisième question : est-ce bien le moment ? La réponse est sans ambigüité. Les Etats qui font face à la montée de leur endettement sont désespérément à la recherche de mesures qui améliorent leur situation financière, mais ils hésitent à couper dans les dépenses ou à augmenter les prélèvements pour ne pas peser sur une reprise encore fragile. Dans de telles circonstances, programmer pour après-demain, et en toute transparence, l’allongement de la durée de vie au travail est une mesure presque idéale : elle contribue à redresser les finances publiques sans peser sur la consommation immédiate. On peut même imaginer qu’en rassurant les générations récentes sur leurs perspectives de revenu, elle les conduise à épargner moins, et donc à soutenir la demande.
Tout plaide donc pour en finir avec la méthode des petits pas et faire enfin ce que d’autres ont mis en place il y a vingt ou trente ans déjà. Tout sauf, évidemment, les mauvaises habitudes.

Jean Pisani-Ferry est économiste et directeur de Bruegel, centre de recherche et de débat sur les politiques économiques en Europe. Courriel : chronique[at]pisani-ferry.net


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